Je ne suis pas le héros de cette histoire (2eme Partie et Fin)

Je ne comprenais pas pourquoi il avait l’air si grave. Qu’est-ce qui se passe? il a abîmé la voiture? Il a eu un problème à son travail? Mais de la à dire que « notre vie va changer ».. ça me paraissait un peu exagéré… jusqu’à ce qu’il dise de m’asseoir.

« Tu me laisses parler, ne m’interrompt pas.. » dis mon père les larmes aux yeux.

« Ecoute euh,.. saches que dans la vie, les hommes aussi peuvent être faibles et pleurer. C’est un mythe tu m’entends? c’est un mythe… Parfois un homme peut etre faible. Oui faible est bien le bon mot je pense. Un homme aussi fait des erreurs, parfois elles sont irréparables.

Il y a quelques mois j’ai fait une erreur, j’ai bu, j’étais sous l’emprise de l’alcool et de la drogue. J’ai pris le volant pour rentrer à la maison. J’ai heurté une personne mon fils. J’ai blessé quelqu’un et je me suis enfui. Je me sens fragile car j’ai modifié la vie d’un être humain. J’ai failli enlever le souffle à un père de famille, mon fils. J’ai fait une connerie.. » disait mon père sanglotant.

Il continua: « D’ailleurs tu sais un beau jour, tu payes tes conneries. Tu passes à la caisse comme on dit. J’ai abusé de l’alcool et de la drogue trop souvent. j’ai couché à droite à gauche, en me disant que la vie ça devait être ça. du sexe de l’alcool et de la drogue. Aujourd’hui, je me rends compte aussi que je t’ai laissé seul trop souvent… sans repère. Je m’en excuse. Avant qu’il ne soit trop tard je voudrais que l’on profite des vrais bons moments. Rien que tous les deux. Entre hommes. J’ai été absent mon fils.. malheureusement, un jour je t’abandonnerai, je ne sais pas encore quand… la récréation est terminée. »
Par ces mots si lourds de sens, j’écoutais et je voyais mon père, se dissoudre à petit feu. Je voyais un agneau, un enfant qui devant une bêtise, vient demander pardon. Je voyais un homme fragile qui attendait son heure. Je comprenais que le SIDA venait de se réveiller et qu’il commençait à prendre place dans le corps de mon père.
Visiblement il voulait rattraper le temps, mais il avait déjà pris de l’avance. Nous sommes allés au bout du monde, et fait plusieurs voyages. Mais plus je retrouvais mon père comme complice, plus je le voyais se détériorer. Son corps commençait à lâcher petit à petit. Il avait beaucoup maigri, avec un visage plus que creusé.
« Voici mon fils .. le résultat d’un excès de vie, d’un excès de conneries, et surtout.. surtout d’un manque de responsabilités.. » disait mon père en toussant.
C’était un après-midi d’automne, de Novembre, il faisait froid et gris, cela faisait plusieurs jours que je n’avais pas vu le soleil. Il faisait sombre, comme si l’âme de mon père était prête à partir. Il est parti en me regardant droit dans les yeux comme s’il me demandait pardon une dernière fois.
Son enterrement fut très simple avec très peu de monde. Il avait de base beaucoup d’amis. Mais pas assez véritables pour lui dire au revoir une dernière fois.
Je déposais un cactus sur sa tombe chaque 28 Novembre, il me disait que ce petit arbre le faisait rire. Il me disait qu’un homme devait avoir un caractère de cactus. Il devait être assez visible pour exister mais piquant pour se protéger. Un cactus aussi pour se rappeler qu’il aimait les cowboys et les paysages désertiques. Il avait encore une âme d’enfant qui n’avait jamais vraiment grandi. Je pense que je suis arrivé dans la vie d’un grand enfant qui n’était pas prêt à devenir adulte. Il fuyait la vie et sa vérité par le biais de ses excès. Il refusait de voir que SA propre vie avait changé.
Toujours est-il que j’avais 19 ans, et j’étais devenu désormais orphelin. En peu de temps j’ai perdu une maman par délégation.. et mon papa.
Tu vois mon fils, la vie n’est pas aussi simple et n’est pas toujours toute belle.
J’ai tout fait dans la vie pour être raisonnable tout en profitant de la vie. J’ai rencontré ta mère un beau matin et depuis je ne peux que sourire en voyant m’annoncer qu’elle était enceinte et qu’on allait bientôt devenir trois. A partir de ce moment, de cette annonce, je me suis promis d’être un père modèle. Pas comme le mien qui buvait et se droguait. j’espère que je serai à la hauteur. En voyant le ventre de ta mère pousser, j’imagine te voir t’émerveiller devant un beau ciel bleu, de t’amuser avec les vagues au bord de la mer. J’imagine ton premier bobo, ton premier chagrin, ta première dent qui tombe, j’imagine ta première amoureuse à l’école, tes premiers exploits, et tes premières déceptions. J’imagine retrouver dans ton regard, l’épanouissement d’un enfant qui va croquer la vie à pleine dent. N’aie pas peur de vivre surtout. La vie tu verras c’est comme un bonus dans un jeu video, il faut prendre un maximum de choses. Un jour, quand tu seras vieux, tu pourras t’asseoir et tu pourras revivre le film de ta vie.  Je ne serai certainement plus là pour te tenir la main et te sourire. Cependant je t’accompagnerai tout au long de ta vie. Si un jour tu te sens seul, je ne serai jamais vraiment loin. Je serai dans le sourire de ta mère. Regarde toi dans le miroir et ris, car nous avons la même expression de joie.
Va mon fils, va conquérir ton monde. Suis tes idées et tes instincts. Quoiqu’il arrive, dans la vie on a toujours une seconde chance. On a le droit de se tromper aussi. Comme le disait mon père un peu trop tard, un homme pleure, peut être triste, peut être faible aussi. Ce n’est pas tant sur ça qu’il faudra se dire si tu es un homme ou pas.. c’est surtout sur la capacité à te relever.
Les grands de ce monde sont toujours tombés et se sont relevés encore plus forts.
Regarde le monde toujours avec tes yeux d’enfant pour continuer à t’émerveiller, à te surprendre. Regarde les gens qui t’entourent, peu importe leur comportement, derrière chacun d’eux il y a une histoire, des blessures et, des peines.
Ne juge pas trop vite les comportements de ta maman aussi. Elle t’a porté pendant 9 mois, elle a souffert pour que tu puisses venir au monde, elle a vécu des drames et des joies.
Si tu fais des bêtises, ne t’étonnes pas qu’elle soit en colère. Pardonne-la lorsqu’elle te décevra et t’énervera. Tu sais, c’est pas si simple la vie de parents. J’espère qu’un jour tu connaîtras ce que je vis en te regardant chaque matin.
Je t’en prie fais moi une promesse, profite de la vie mais freine-la quand tu vois qu’elle te fait déconner. Ne te mets pas en difficulté. Sois fier de ce tu fais surtout. et entoure-toi d’une femme aimante comme ta mère l’a été avec moi.
J’ai pas toujours été très sympa avec ta mère d’ailleurs. Elle m’a toujours aidé et aimé. Elle prenait beaucoup de choses sur elle. Elle faisait tout pour que je sois heureux.

Toute ma vie j’ai eu le rôle d’un être solitaire, sans attache et sans repères. Je n’ai jamais vraiment réussi à me faire beaucoup d’amis. Mais c’est aussi parce que je n’étais pas prêt à me sacrifier pour quelqu’un d’autre. Jusqu’à ce qu’elle entre dans ma vie. Je le répète, ta maman a été mon ange, ma vie, et elle m’a offert le plus beau des rôles, celui d’être papa. D’autant plus le tien. J’ai enfin trouvé le héros de mon histoire.

 Si tu as un doute, je te le dis, et par écrit, que chaque matin, je me réveillais en me disant que je ne te décevrais pas. Je te regardais dormir, en te voyant vivre ton sommeil et parfois en affrontant tes petits cauchemars. Saches que je te regardais chaque matin avant de partir travailler en me disant que tu étais la raison pour laquelle je me battais dans la vie. Je voulais que tu sois fier de moi.

Aujourd’hui mon amour, mon fils, la vie en a décidé autrement. J’aurais voulu t’expliquer pourquoi la liberté de penser, est une force mais une arme fatale en même temps. Les idées et les actes des uns font parfois des orphelins chez les autres. Je n’aurais pas du me trouver dans ce magasin, je n’aurais pas du quitter le travail avant. Les balles de cette arme se sont emparées de moi, me perforant le corps à trois endroits mais ne t’inquiète pas.. je n’ai pas souffert.

Sur ma tombe, tu pourras y laisser ce que tu veux. Tant que ça te fait plaisir, j’en prendrai soin. N’aie pas peur de venir me voir. Je ne suis pas forcément sous cette grande pierre hein. Je serai là où tu voudras que je sois. A l’autre bout du monde comme au dessus de ton lit, je ne serai jamais vraiment loin. Parle moi d’où tu veux, je t’écouterai. Fais gaffe aux signes que je t’enverrai. Ça prouvera que je te réponds. Même si comme moi tu penses ne pas avoir d’ami, je le serai et je te tiendrai la main. Avance dans la vie, fils. Avance pour nous. Ne m’en veux pas si tu crois que je t’oublie car ce n’est pas le cas. Prends soin de ta maman, peu importe ce qu’il se passera, elle t’aidera à te relever, et à porter tes idées, tes joies et tes peines.

Normalement à la fin des histoires, du moins en général, le héros gagne et tout le monde se porte bien. Dans celle-ci, je dirai que ce n’est pas exactement le cas, car je ne suis pas le héros de cette histoire.

Papa.. Out.

FIN